Vers un observatoire de la biodiversité des Pyrénées / Lézards pyrénéens

Fiche d'identité



Crédits photos Gilles Pottier, hérpétologue Nature Midi-Pyrénées

Qui sont les Lézards des Pyrénées ?

Le genre Iberolacerta est un genre européen qui comprend 8 espèces, la plupart monticoles. Parmi elles, I. aranica, I. aurelioi et I. bonnali sont des espèces strictement endémiques des Pyrénées et confinées à la ceinture bioclimatique alpine (secondairement subalpine) de la partie centrale de la chaîne (du massif du pic du Midi d’Ossau à l’ouest à celui du pic de Sérrère à l’est).

Ces trois espèces se rencontrent sur les deux versants des Pyrénées. L’Espagne et la France hébergent la totalité de l’effectif mondial d’I. aranica et I. bonnali, celui d’I. aurelioi étant partagé entre l’Espagne, la France et la principauté d’Andorre.

Ces lézards comptent au nombre des vertébrés d’Europe occidentale les plus tardivement découverts : I. bonnali n’a été décrit qu’en 1927, I. aranica en 1993 et I. aurelioi en 1994. Leur adaptation aux conditions très contraignantes de la haute montagne (la période active annuelle n’est que de 5 ou 6 mois) se traduit notamment par une longévité très élevée (17 ans au moins, ce qui est exceptionnel pour de petit lézards) alliée à un faible taux de fécondité (1 ponte annuelle de 5 oeufs maximum) et à un stade de développement avancé de l’embryon au moment de la ponte (les trois espèces sont ovipares).

Leur fonctionnement démographique et, donc, leur survie repose entièrement sur leur grande longévité. La moindre perturbation du milieu peut leur être fatale, car elle peut se traduire par l'apparition de facteurs environnementaux nouveaux susceptibles de diminuer dangereusement cette longévité (apport de maladie, de prédateur ...).
 
On comprend donc facilement la menace représentée par l'actuelle intensification anthropique du réchauffement climatique, qui va induire de nombreuses perturbations environnementales.

 D’ouest en est, les Iberolacerta pyrénéens se distribuent comme suit :

   I. bonnali
est, de loin, le plus largement distribué de tous. On le rencontre du massif du pic du Midi d’Ossau au massif des Encantats. Les recherches menées un peu plus à l’ouest (massif du pic de Sesques-pic de Gaziès, où la présence d’une population isolée n’est pas improbable) ont jusqu’à présent été infructueuses. Il convient de souligner le fait que la population du pic du Midi d’Ossau elle-même est en situation d’isolat, et n’a été découverte que tardivement (on a longtemps cru que l’espèce avait sa limite occidentale au niveau du massif du pic d’Arriel, et qu’elle était absente de l’îlot alpin de l’Ossau) …

Ce lézard a été découvert au lac Bleu de Bigorre, dans la haute vallée de Lesponne (Hautes-Pyrénées),par un naturaliste bigourdan, Jean-Louis Bonnal. Le descripteur de l'espèce (l'herpétologiste français Louis-Amédée Lantz) l'a dédiée à son découvreur.

 
   I. aranica
est le plus central des trois. En suivant la ligne de crêtes de la chaîne, il succède à I. bonnali au-delà du Port de la Bonaigua, qui clôt le haut Val d’Aran. Il a été découvert près de l'étang de Liat, en Espagne (province de Lérida). Décrit comme une sous-espèce d’I. bonnali en 1993, il a été élevé au rang d’espèce quelques années plus tard. I. aranica a été initialement signalé en France en Ariège dans le haut Biros (extrême sud-ouest du département). Par la suite, I. aranica a été observé jusque dans le massif du Mont Valier, qui constitue sa limite Est (sur le versant espagnol, sa limite Est se situe au niveau du pic de Barlonguère). En France, il n'existe que dans la partie ouest de l'Ariège (Couserans).

 

     I. aurelioi
occupe la partie centro-orientale des Pyrénées, et son aire de répartition se situe à l’est de celle d’I. aranica. En suivant la ligne de crêtes de la chaîne d’ouest en est, il succède à I. aranica au-delà du versant oriental du Mont Valier, à 10 km seulement de ce dernier. Découverte en 1991 sur le versant sud du massif de la Pica d’Estats - Montcalm et décrite en 1994 (à l'Estany de Sotllo, province de Lérida), cette espèce occupe deux zones distinctes : le versant sud du massif du Mont Rouch (syn. « Mont Roig ») d’une part (Espagne, province de Lérida), et les massifs s’étendant de la Pica d’Estats au pic de Serrère d’autre part (Espagne, France et Andorre). Entre ces deux zones, l’espèce n’a pour le moment pas été observée.
     I. aurelioi a été tardivement signalé sur le versant français, où il n’a longtemps été connu que d’une seule localité du haut vallon de Soulcem (haute vallée du Vicdessos, Ariège). Une localité frontalière (col entre Ariège et Andorre) a été publiée quelques années plus tard, qui intéresse la même zone: le port de Rat. Ces dernières années, de nombreuses nouvelles localités ariégeoises ont été portées à connaissance, qui ont sensiblement étendu l’aire d’occurrence connue de l’espèce en France (et, donc, la responsabilité conservatoire de notre pays vis-à-vis d’elle): I. aurelioi s’y rencontre du massif du pic de Brougat à l’ouest au vallon de la Rebenne à l’est, ce qui représente une distance linéaire d’environ 22 km (bien plus en joignant les points de présence entre eux). Malgré de nombreuses recherches plus à l'est, il n'y a pas été trouvé.